HUMEURS HUMOUR, LA PAUSE FEMININE

A toi le 3 ème enfant que je n’aurai pas

Il est difficile d’imaginer la place que tu prendrais, ou celle que l’on te ferait.

Nous y avons parfois pensé mais chaque fois, nous avons chassé l’idée.

Notre équilibre à 4 nous semble si juste et commence à devenir si agréable.

Avec toi nous aurions vu Le petit devenir un moyen, la Grande devenir une double Grande : et toi dans tout ça ?

Un petit dernier … tu aurais été choyé c’est sûr mais où aurais-je trouvé le temps que j’ai pu consacrer à tes 2 ainés ?

J’ai déjà un 3ème bébé qui me prend beaucoup d’énergie (mon entreprise), et ce blog qui m’apporte tant de joie …

Je ne manque pas d’occupations avec l’écriture qui continue à être une obsession.

Alors toi ? Oui je t’aurais aimé, oui tu aurais pu, on se serait arrangé, on aurait couru chez la nounou ou à la crèche, on t’aurait donné ton bain avant de se remettre au boulot le soir, on aurait fait le ménage pendant ta sieste et emmené les grands aux activités à tour de rôle.

Mais on aurait aussi dû attendre encore au moins 3 ans avant de repartir au cinéma en famille, avant de pouvoir faire des randonnées allégées, avant de s’installer en terrasse pendant des heures pour bouquiner ou boire un jus de fruit (hum hum : il m’aurait fallu dire non aux apéros pendant au moins 9 mois et encore + si je t’avais allaité comme tes ainés).

Parfois je t’imagine : aurais-tu été une petite brune comme ta soeur ou un petit rouquin comme ton frère ? m’aurais-tu ressemblé contrairement à ces deux enfants ingrats qui n’ont pas grand chose de moi 😉

Difficile de se dire à 36 ans, à l’heure où certaines ont désormais leur premier enfant, que moi je ne porterai plus jamais la vie … difficile de se dire que l’on a fait ce choix, que l’on a décidé que notre famille ce serait nous 4, alors qu’on a encore tellement d’amour à donner, que j’aime tellement les bébés, les enfants …

Peut-être parce que justement je les aime tant, que j’ai envie de prendre du temps pour chacun, que je préfère ne pas te sacrifier à mes heures pro, à mes heures loin, à mes heures égoïstes où je n’ai plus besoin de changer des couches et calmer des coliques.

Alors nous serons 4, je n’aurai que 2 enfants. Mais parfois je penserai à toi en me disant que tu aurais pu faire partie de notre jolie famille …

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HUMEURS HUMOUR

« J’en ai pour 5 minutes » ou aller aux toilettes entre filles au resto

Samedi soir, restaurant japonais, avec un couple d’amis.

On passe une bonne soirée, le repas touche à sa fin.

On commande les desserts.

Puis là, la nature nous rappelle à l’ordre. C’est quasiment toujours JUSTE avant la fin du repas. On pourrait attendre d’être rentrée chez soi, ou alors carrément s’en occuper dès qu’on met le pied dans le resto.

Mais non, c’est là, maintenant, qu’on veut aller … aux toilettes.

On attend quand même quelques secondes, histoire d’être sûre qu’on a VRAIMENT envie. Pas de doute, le pipi s’impatiente.

On appréhende d’aller découvrir le lieu de la délivrance.

Parfois on a de bonnes surprises (« Oh c’est mignon ce carrelage muliticolore ? ») d’autres fois c’est moins glamour(«  aaaaaaaaah, c’est immonde, y’a de la crotte partout, ça pue, c’est une infection ! Plutôt me pisser dessus que de faire ici ! »).

Bref pour ce soir on espère juste un « middle class », ça serait déjà pas mal.

« Euh je reviens, je vais faire pipi, j’en ai pour 5 minutes… » marmonne t-on.

Mais c’est sans compter sur un instinct féminin, qui remonte au temps des tribus, que l’autre fille de la table se lève d’un geste solidaire : »bouge pas, je viens avec toi. »

Oui c’est comme ça, on ne sait pas pourquoi mais il faut qu’on aille faire pipi à deux.

« Si la porte ferme pas, je te la tiendrais » (ah beh c’est peut être pour ça qu’on y va à deux)

Oh ça va, pas si mal ces petits WC. Ils ont l’avantage d’être propre et en bonus track, on y trouve même du papier toilette qui ne traine pas par terre.

On ferme le petit verrou tout rouillé (ouais ils sont pas mal mais c’est pas les chiottes du Ritz non plus) et on se retrouve en tête à tête avec la cuvette.

Enfin on est pas vraiment seule, car on garde un contact radio avec la copine qui elle, est dans le box d’à côté. (« Oh tu sais quoi ? Dans le mien y’a un distributeur de capotes ! Hihi »)

On commence alors à étendre minutieusement des feuilles de papier sur la lunette, comme si on bordait un lit pour la reine d’angleterre.

Bizarrement une fois la lunette recouverte, on hésite quand même à s’asseoir … Bon allez faut vivre dangereusement.

La femme d’Indiana Jones elle fait comment ?

Là on toussote pour cacher le bruit de ruisseau du pipi du soir.

« dis, t’as vu comme le serveur il regardait ton mari ? Tu crois pas qu’il est homo ? »

Ouais en général on a le chic pour partir dans des conversations débiles, qui n’ont rien à voir avec le schmilblik mais qui ont l’avantage de nous occuper quelques minutes.

On en profite pour décrypter les messages qu’on laissait les occupants précédents au fil des mois et des années : visiblement y’en a qui pense à amener leur panoplie de crayons de couleur avec eux.

On tire la chasse en essayant de limiter au maximum le contact avec nos doigts, et là on ne peut s’empêcher d’admirer, pendant le temps qu’il faut, la cascade d’eau évacuant nos p’tites affaires.

C’est plus fort que nous, il faut qu’on soit sure que tout soit parti. Beh ouais sinon c’est la honte. Tout le resto va s’avoir qu’on a laché une petite crotte en plus du pipi bruyant.

On rejoint la copine qui est déjà devant le lavabo.

« Y’a plus de savon … Oh il est sympa ton vernis…. et blablablablabla »

Là une inconnue sort d’un des WC, accompagnée d’un bruit de chasse d’eau et jette un objet non identifié dans la poubelle qui jouxte le lavabo.

Elle s’en va, inexpressive et surtout …sans se laver les mains (beurk!)

On s’essuie les mains avec une des fameuses feuilles de papier ultra rèche qu’on dirait une nappe en papier et on le jette juste par dessus le précédent déchet. Là le regard de la copine et le notre se croisent … Mais c’est un test de grossesse !

La dame aux mains sales est peut être une future maman.

« non c’est pas possible, elle avait pas l’air heureuse. »

« beh elle avait pas l’air malheureuse non plus »

« Ouais mais bon on sait pas, si ça se trouve elle ne sait pas qui est le père. »

Telles 2 scénaristes des « feux de l’amour », on extrapole, on batit des intrigues, où tout est possible pour la dame aux mains sales.

« Bon y’a pas à tortiller du cul pour chier droit, il faut qu’on sache. Attrape le test ! »

« quoi ? Mais pourquoi moi ? Attend je te rappelle que c’est un truc où il faut faire pipi dessus ! Moi j’y touche pas ! »

« Rho regarde ! c’est pas sorcier comme dirait Jamie. Tu prends un bout de PQ, et puis voilà »

On brandit le test et là on voit le fameux +.

« wwwwwooooooouaaaaaaaaaaaaahh ! Elle est ENCEINTE !! oh c’est génial ! Elle va avoir un petit bébé »

Cette nana qui n’est rien pour nous, c’est désormais notre meilleure amie, l’émotion est la même. Nous sommes toutes des femmes, donc toutes unies par un lien invisible.

« tu crois que ce sera une fille ou un garçon ? Non parce que moi j’ai trouvé qu’elle avait un gros cul et il paraît que pour les garçons on prend du cul alors … »

« mais elle est enceinte de pas beaucoup, elle vient juste de faire un test ! »

« ouais beh regarde sheryfa luna, elle était enceinte de 6 mois et elle le savait pas …. blablabla »

Tout en papotant on se décide à rejoindre notre table.

Alors qu’on approche de nos chaises, on croise le regard de la dame aux mains sales et on ne peut s’empêcher de lui adresser un petit sourire niais et complice.

Au moment de se rasseoir, on découvre nos hommes s’empiffrant de nos desserts, la bouche pleine de chocolat: « Beh vous en avez mis du temps pour un ptit pipi !!! »