HUMEURS HUMOUR

ALLER A LA PISCINE MUNICIPALE (part two)

« J’ai touché l’fond d’la piscine dans mon p’tit pull marine »

Le dimanche suivant, la miss boudi-bouda est de meilleure humeur.

Le sac n’avait pas été défait (on a eu une bonne intuition sur ce coup là)

La sortie piscine s’annonce très positive.

Sur le parking de la piscine municipale, Petite Puce est super excitée.

« On va nager ! On va nager ! Nananananère ! »

Ouais c’est ça « on » va nager …

Après être passées à la caisse, nous voilà dans le vestiaire. Avec un minuscule panier où tout doit rentrer : sac, manteaux, chaussures …et j’en passe et des doudous.

Mais à peine a-t-on suspendu un débardeur dessus que le maudit panier penche dangereusement et tombe.

Là le casse-tête commence : on se surprend à tirer la langue tellement on s’applique à équilibrer la tour de Pise de la fringue.

« Ca y est ! J’suis en mailloooooooooot » nous crie la Petite Sirène toute bondissante sur le carrelage glacé.

Forcément, elle nous a balancé chaque vêtement aux quatre coins du vestiaire, comme pour délimiter son territoire.

Notre maillot est enfilée également. Mais on ne peut pas sortir comme ça; il nous manque la touche du chef, l’accessoire qui va sublimer notre panoplie de Laure Manaudou : le bonnet de bain.

On écarte bien fermement des deux mains le bout de caoutchouc invincible qui semble ne vouloir jamais rentrer sur notre tête. On ose à peine se redresser pour regarder notre reflet dans le miroir (sale et embué) …

Ouais … c’est bien ce qu’on pensait : on ressemble à un gland. On pourrait presque jouer le rôle d’un spermatozoïde dans un ballet de danse contemporaine.

Nous voilà enfin en tenue de combat.

On remet notre panier archi plein à une vieille femme à lunettes, aimable comme une caissière de chez Leclerc à l’heure de la fermeture.

« Vous oubliez votre bracelet » nous grogne t-elle.

Euh non, il semblerait que notre petit bracelet plaqué or de chez Thomas Sabo ne nous ai pas quitté.

« Ah! Ca ??? » et elle nous tend un bout de plastique rouge pompier (mais il en existe des jaunes fluo) super discret, super large, super pas facile à attacher, avec un numéro à 5 chiffres inscrit en gros caractères noirs. Pendant un instant, on se croirait dans « Prison Break », condamnée à perpétuité à porter « ça ».

On passe bien 10 minutes à essayer de comprendre comment faire tenir le dit bracelet à notre poignet. Puis on se rend compte que c’est tellement moche qu’il vaut mieux le mettre à la cheville (compter 10 minutes supplémentaires)

On va enfin pouvoir se baigner… Ah mais d’abord la douche ! Le super jet bien froid, impitoyable, sous lequel on jette à peine un orteil, mais qui nous glace jusqu’aux os. Pas facile de se diriger vers le grand bain avec les tétons qui pointent à mort.

Chérinette semble tout à coup moins enjouée. Il faut dire qu’elle s’aperçoit très vite que la piscine n’est pas que pour elle (« c’est qui ces gens maman ? On se baigne dans la même eau qu’eux ?? beurk ! ») et qu’elle n’est pas au format Barbie (« c’est trop grand ! Je vais me noyer !! »)

« Allez on descend ensemble sur l’échelle » notre voix se veut rassurante mais ferme, on a bien écouté toutes les émissions de Super Nanny et de Marcel Rufo.

« Tu me tiens hein ? » (la confiance règne ! Est ce qu’on l’a déjà lâché une seule fois ??? Bon ok ça a du arriver une fois)

« Mais oui je te tiens ….OH PUTAIN QU’ELLE EST FROIDE ! !!! »

« quoi ??? c’est froid ? »

« non non (aglaglagla .. tiens c’est pas un glaçon qu’on vient de croiser ?) elle est super bonne, regarde ! » (les dents qui claquent, les lèvres violettes : on ment super bien )

La gamine descend enfin l’échelle : on a l’impression de regarder une scène de film au ralenti, voire presque en arrêt sur image. Elle met deux plombes, la garce. On s’endort presque à la voir faire ses mouvements ultra lents et c’est le moment parfait qu’elle choisit pour .. nous bondir dessus.

Sympa ! On sent bien le chlore dans les yeux maintenant : y’a pas de doutes!

« Fais moi nager ! »

Nos bras portent alors pendant un nombre incalculable de longueurs un asticot gesticulant et gloussant : « Maman !!! t’as vu ?? je nage !! ..me lâche pas hein ? »

Pourtant c’est pas l’envie qui nous manque : notre petite chérie nous a éclaboussé autant que cela était possible : on a désormais les yeux aussi rouge qu’un lapin albinos (bah ça s’accorde avec le « bracelet » du panier ! oh merde ! Le bracelet ! Il coule, coule, coule … manque juste la BO de Titanic en fond sonore pour traduire notre émotion)

Au passage on a pris des coups de pieds dans les jambes, le ventre et le visage (le bleu ira très bien avec le rouge de mes yeux)

Là notre regard (injecté de sang et digne des plus grands films d’horreur) s’arrête sur une sublime jeune femme. La trentaine épanouie (traduisez : sans enfants), elle arbore un sobre et néanmoins sexy maillot 2 pièces, laissant apparaître un ventre odieusement plat sculpté de petits abdos harmonieux. Elle a la peau légèrement hâlé (genre « j’y peux rien, je bronze naturellement ! »), le bras musclé («  non je fais même pas de sport pourtant »), l’épaule ronde.

Le bonnet lui va parfaitement. Son visage est doux, ses yeux du même bleu que l’eau de la piscine. Pour clore notre jalousie (beh oui un peu quand même), elle éxécute un plongeon majestueux qui laisse l’eau statique. C’est le « blond » du sketch de Gad elmaleh en version féminine.

Ecoeurée devant les injustices de la nature, on annonce une sortie prochaine du bassin à notre Muriel Hermine Junior.

« On revient la semaine prochaine, dis maman ? »

« euh …. j’peux pas … j’ai … BOBSLEIGH !! »

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